Ce qui frappe d’emblée : son sens de l’organisation.
Julia est posée, même si chacun de ses instants de disponibilité
s’imbrique dans un emploi du temps hyperactif serré-serré. Un héritage
peut-être de son enfance scoute, où elle a pris plaisir à fédérer une
équipe, en être responsable.
Julia a 24 ans, est en Master 2 à l’IUP commerce et
vente de Grenoble, en alternance. Une semaine en cours à Grenoble,
trois semaines à Paris en entreprise. Elle est présidente d’Idee, Initiative et développement des étudiants entrepreneurs. Une association dont elle et ses amis ont repris le bureau après qu’un cours de gestion de projet « simulation de création d’entreprise » leur donne le virus de l’initiative. « On a vu intervenir des gens dynamiques, visionnaires, motivants »
se souvient-elle.C’est avec beaucoup de peps qu’elle relève le pari de
sensibiliser les étudiants à la création (d’entreprise ou
d’association), et de les accompagner au montage de projet.
Premier objectif pour elle et son équipe : augmenter le réseau. « La
notion de réseau est très importante pour gagner du temps et des
soutiens. Quand on est jeune, on n’a pas forcément tous les contacts.
Ce peut être démotivant si c’est répété, surtout au début. Idée se
propose de faire ce lien, de permettre l’échange d’expérience, le troc
des savoirs. » Ils vont voir tous les acteurs de la région,
formalisent ces réseaux en disant aux porteurs de projet : « Tu peux
aller voir telle personne de la part d’Idee. » Informent, organisent
des rencontres avec des entrepreneurs et des jeunes créateurs. « Même si tu n’as pas tout de suite envie de créer ta boîte, tu peux voir ce que d’autres ont fait après le diplôme. »
Car l’idée de Julia est aussi d’ouvrir la sensibilisation au-delà des profils de gestionnaires. « Les bonnes idées viennent souvent de gens en lettres, ou en sciences. »
Exemple : la jeune société grenobloise SOS apéro créée par des
étudiants, qui assure la livraison de gâteaux apéritifs et d’alcool à
domicile entre 18 heures et 3 heures du mat’. Une affaire qui roule. La
livraison est militante, et comprend un éthylotest et une capote.
Son deuxième atout : elle est extrêmement patiente.
Julia tisse sa toile sans à-coups, sachant que la réussite viendra bien
à son heure, une fois le vin mûri. Elle engrange. Collectionne les
expériences durant ses échanges Erasmus en Espagne ou en Angleterre, où
elle bosse dans les bars. « J’en retire une bonne analyse du consommateur, et de l’importance de garder le sourire. »
Restauration, vente de tabac, de fringues, de produits
alimentaires, location de ski, industrie ferroviaire, tour-opérateurs,
chèques-cadeau de fidélisation des employés... Tout est bon à
comprendre lors des jobs qu’elle accumule : la rigidité et
l’organisation des grands groupes, la polyvalence et le manque de
vision à long terme des PME. « Les temps d’attente ne
sont pas des points morts. C’est une période propice pour aller glaner
des conseils. Si je suis face à un dilemme personnel, que je me demande
pourquoi ça plante, au lieu de rester toute seule, je vais voir des
gens. » Elle compte parmi ses amis des personnes âgées de 40 à 60
ans, et aime ces temps partagés avec ceux qui ont de la bouteille, où
elle apprend beaucoup.
Se voit clairement créer son entreprise plus tard, mais
en tandem. Une aventure entre associés dont elle se prépare déjà à
déjouer les pièges : « mieux vaut être d’accord dès le
départ sur le développement futur et ce qu’on voudra faire des
bénéfices : se salarier ou réinvestir ? » Très réfléchie, elle
préfère tout analyser et gagner du temps par la suite. Garde pour la
fin ce qui fait qu’elle préfère mille fois s’associer plutôt qu’une
course en solitaire : « Des fois c’est dur mais il y en a toujours un pour remonter le moral de l’autre. » Et oui, l’esprit d’entreprendre, ça marche aussi à l’affectif.
En savoir plus : www.idee-grenoble.com
Témoignage recueilli par Ana Lutzky, Animafac.